Habitation à Rome : Eielson y Medem
Artificiel. Je ne sais pas si vous le remarquez lorsqu’un artiste a trop confiance en son intelligence, ou dans son imagination, mais qu’il a perdu de vue la passion et la spontanéité nécessaire pour qu’une œuvre ait de la personnalité. C’est l’impression que m’a donnée « habitation à Rome » de Julio Medem, une histoire dans laquelle deux femmes qui n’ont pas eu expérience lesbienne auparavant s’abandonnent mutuellement jusqu’au point de laisser leur vie de côté pour continuer ensemble.

Invraisemblable, totalement. Et non parce qu’une histoire comme celle-là ne serait pas probable (la réalité dépasse toujours la fiction), mais par ce que l’univers construit pas Medem dans cette chambre d’un hôtel de Rome ne crée pas les conditions nécessaires pour que les personnages expérimentent cette évolution. En plus, je suis lassé de ceux qui pensent que n’importe quoi peut être de la poésie, que n’importe quelle métaphore ou allégorie suffit pour se transformer en art. Je le dis surtout pour les scènes si mièvres, et presque stupides, comme celle où elles sont ensemble dans la baignoire et que la flèche de Cupidon (peut-on utiliser un symbole plus vulgaire ?) se présente pour nous indiquer que l’amour fait mal (génial, non ?).
Honnêtement, le film démontre le peu de connaissances qu’a Medem des lesbiennes, d’un point de vue interne. Le dialogue sont plats, forcés, chargés de mauvaise poésie. Pour moi, insupportable. Je pense que s’il avait voulu faire de « habitation à Rome » une pellicule nettement érotique, il aurait eu plus de succès. Mais ce ne fut pas le cas et le produit est vraiment mauvais.
Je regrette d’avoir perdu ses heures de ma vie en regardant une pellicule si pauvre. Cela ne se serait pas produit si le titre ne m’avait pas rappelé le splendide recueil de poèmes de Jorge Eduardo Eielson, poète artiste plastique péruvien, publié en 1956.
Dans « habitation à Rome », Eielson commence à construire sa proposition poétique, selon laquelle le poème a aussi une valeur visuelle et auditive, et non plus la simple valeur conceptuelle ou symbolique en accord avec la signification des mots. Pour parler comme Saussure, nous dirions que pour Eielson, signifiant signifié son de même importance pour la création d’un poème.
Cette manière de concevoir la poésie le mena dans les années qui suivirent à travailler aussi le support, c’est-à-dire, le matériel (initialement la feuille de papier) qui reçoit les vers, parce que pour lui c’est aussi une partie importante de la création. De là, son pas vers lesarts plastiques fut imminent.
Eielson est né à Lima en 1924 et avec une grande partie de sa vie en Italie, et y mourut à Milan en 2006. Son œuvre poétique est considérée comme l’une des plus importantes d’Amérique latine.
« Habitation à Rome » d’Eielson est une œuvre recommandable, un recueil de poèmes solide et cohérent. Tout le contraire du film de Medem ; si vous ne l’avez pas vu, ni allez surtout pas.
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Traduit par: osito
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