L’héritage de Mario Monicelli
Il y a près de 60 ans, le père du réalisateur italien Mario Monicelli , a décidé de mettre fin à ses jours déçu par ce qu’il n’était pas capable de se réintégrer dans la société après la tombée du fascisme qui l’avait répudié. Quand il s’est rendu compte que, malgré sa ferme résistance à Mussolini – qui l’a expulsé du journal qu’il dirigeait et l’a empêché de continuer à publier -, une fois disparu le dictateur, personne ne se rappelait plus de lui, il a opté pour le suicide.

Même si les raisons du suicide du réalisateur italien – qui avait 95 ans, était pratiquement aveugle et souffrait d’un cancer de la prostate en phase terminale – semblaient avoir plus à voir avec la volonté de mettre fin à une souffrance physique extrême et ce qu’il entendait probablement comme une vie indigne de ce nom, il est ma foi possible que, dans l’Italie de Berlusconi, Mario Monicelli ait hébergé des sentiments semblables à ceux de son père, quand, le vingt-neuf novembre passé , en suivant le même exemple, il a décidé de s’ôter la vie en se jetant par la fenêtre de sa chambre de l’hôpital romain San Giovanni. En fait il avait commenté quelques fois qu’il avait toujours parfaitement compris le geste final de son père.
Quoiqu’il en soit, il est vrai qu’avec la mort de Monicelli, un des derniers mythes vivants du cinéma italien s’en va – peut-être, avec la permission de Nanni Moretti, son dernier grand réalisateur – et le créateur avec son ami Dino Risi, mort aussi il y a deux ans, de l’inoubliable genre connu comme la commedia all’italiana (comédie à l’italienne).
Même si Monicelli lui-même pensait qu’il serait nécessaire que passent au moins 300 ans pour pouvoir juger la qualité du cinéma italien, aujourd’hui on peut seulement penser en une bonne partie de la production cinématographique réalisée dans le pays transalpin pendant les années quarante, cinquante, soixante et soixante dix du vingtième siècle comme un trésor prodigieux digne du légendaire el Dorado. Rossellini, De Sica, Monicelli, Risi, Zavattini, Visconti, Fellini, Antonioni, Pasolini, Bertolucci, sont seulement quelques-uns des noms que nous offre un si fabuleux panorama.
Pendant une bonne partie de cette époque l’Italie semblait revenir à se situer dans l’avant garde de la création européenne. Le cinéma était seulement un reflet d’un mouvement culturel extraordinaire qui exprimait, une fois passé le cauchemar fasciste, le besoin existant dans des secteurs significatifs de la population de voir la réalité avec de nouveaux yeux. Ce nouveau regard était peut-être seulement l’esthétique du néoréalisme.
L’introduction de l’humour, en étroite relation avec l’ancienne tradition italienne de la Comédia del Arte, dans la nouvelle forme de regarder les choses a été le grand apport de Mario Monicelli à cette révolution esthétique. Cet humour qui, conçu comme un bistouri qui pénètre au plus profond des choses, nous a donné des films aussi mémorables que I soliti ignoti (1958), La grande guerra (1959) o I compagni (1963).
Paul Oilzum
Louer un des appartements à Rome et se perdre, par exemple, dans les rues de son bien aimé quartier del Monti, le plus ancien de la ville, est une bonne façon de rendre hommage à sa mémoire.
Traduit par: françoise
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